La camelote de l’Action Française étudiante de Bordeaux – 1/3

[ Ce dossier est proposé en trois parties. La deuxième sera publiée prochainement]

de villiers

(Source : facebook de l’AFE Bordeaux)

Le 16 février dernier, à la pointe du jour, l’amphi Aula Magna de l’université Bordeaux IV s’est trouvé paré d’une étrange décoration : un grand pochoir encadré de drapeaux BBR appelant à voter Philippe de Villiers, le châtelain islamophobe du Puy du Fou. Propagande tragi-comique, tant elle évoque aussi bien les sinistres fixettes racistes du vendéen que l’antique marionnette bouffonne des Guignols de l’Info. De nombreuses et nombreux étudiant.e.s ont d’ailleurs dû penser qu’il fallait en être un, de guignol, pour juger que la promotion d’un tel énergumène serait susceptible de soulever la jeunesse.

Or, s’agissant des guignols en question, deux heures après la découverte du tag, un lièvre était déjà levé : l’Action Française Etudiante de Bordeaux (AFE), toute fiérote, publiait sur sa page facebook la photo de la belle dégradation, faisant mine de n’y avoir pris aucune part, et se félicitant de ce que ce coup d’éclat signifiait le retour de la « Réaction » sur la fac. Or, quand on sait que ce moyen d’action avait déjà été employé par l’AFE, et qu’il s’agit ici de la promotion du plus royaliste des politiciens d’extrême-droite, leur responsabilité ne fait aucun doute dans l’affaire.

Ce petit événement doit en tout cas nous rappeler que l’Action Française, certainement la plus vieille organisation politique d’extrême-droite encore en activité, a trouvé depuis quelques années déjà une nouvelle vigueur. Rejetons des manifs pour tous, une jeune génération de cathos coincé.e.s, la tête encore embrumée des quelques vapeurs de lacrymo rencontrées lors des rassemblements parisiens, a décidé de se parer des couleurs du Roy pour rêver d’un monde en génuflexion devant le Dieu-Monarque. Et depuis le temps qu’on les voit pérorer sur internet et faire leur agit-prop dans les rues de Bordeaux, le moment nous semble venu d’en dresser un petit portrait, histoire de décrypter leur discours, leur stratégie et surtout d’opérer un travail de démystification.

Evoluant dans le giron de l’extrême-droite, fasciné.e.s par le fascisme, antisémites, islamophobes, sexistes, homophobes, s’inventant une vie de hooligan sur internet – mesdames, messieurs, venez découvrir la camelote bordelaise des partisan.e.s du Roi !

1) Une organisation qui évolue dans la sphère de l’extrême-droite radicale

Avant toute chose, établissons un fait terminologique : L’AF, quoiqu’elle en dise, se complaît dans les marais de l’extrême-droite comme un poisson dans l’eau. Elle ne cesse pourtant de psalmodier qu’elle n’a rien à voir avec l’extrême-droite, étiquette qui, pour reprendre sa ligne de défense, ne devrait s’appliquer qu’à des partis républicains ; or l’AF n’est pas républicaine – CQFD ! En réalité, cet argument est purement rhétorique. Il suffit d’ailleurs de gratter le vernis de l’AF pour se rendre compte que son slogan « ni droite ni gauche – monarchie sociale » est un bel enfumage : ses potes, les organisations qu’elle soutient, ses références idéologiques, bref tout le milieu dans lequel elle barbote est marqué à l’extrême-droite.

Pour ne prendre que l’exemple de la section bordelaise, son chef actuel, Charles « Horace », se trouve être un grand admirateur de la Nouvelle Droite, matrice intellectuelle de l’extrême-droite française dans les années 70 (on ne compte plus sur sa page facebook les références élogieuses à Alain de Benoist, fondateur de la revue Elements, ou encore à Dominique Venner, co-fondateur du GRECE).

La section elle-même fréquente tout ce que Bordeaux peut compter de fachos : elle va pouvoir aussi bien manifester aux côtés des jeunes néo-nazis du Kommando Kastor Krew [1], qu’inviter à son week-end de formation de septembre dernier des identitaires comme le petit Kevin Burdigala (ancien responsable jeunes du Bloc Identitaire de bourgogne), ou bien encore co-organiser des événements avec les soraliens d’Egalité&Réconciliation (notamment une conférence le 1er juin 2013 à l’athénée municipal en présence d’Alain Soral, de Marion Sigaut et de Stéphane Blanchonnet, président du comité directeur de l’AF) :

(Source : facebook de l’AFE Bordeaux)

Leur refus sacré de se voir associé.e.s à l’extrême-droite s’accommode aussi d’un soutien affiché au Front National. Il faut dire que l’un de leurs responsables nationaux, Elie Hatem, a carrément été candidat FN aux municipales de 2014 dans le 4ème arrondissement de Paris !

hatem le pen

Elie Hatem, membre du comité directeur de l’AF, posant aux côtés de Jean-Marie Le Pen.

Localement, et malgré leurs dénégations répétées, les militant.e.s bordelais.e.s de l’AF nourrissent aussi des relations de franche camaraderie avec les jeunes frontistes. Le camelot Antoine (aka « Brousse Royco ») s’empressera ainsi de s’encanailler avec l’extrême-droite lors de l’inauguration en février dernier du bar FNJ « Le menhir » :

royco BC tweet

Maintenant, si même après ces quelques éléments de preuve contextuelle, nos camelot.e.s persistent à rejeter ce qualificatif d’extrême-droite, il est possible, documents à l’appui, de leur en proposer d’autres.

2) L’AF, matrice du fascisme français.

a) Le Cercle Proudhon

Certes, la doctrine de Charles Maurras, théoricien en chef de l’Action Française, ne peut être confondue avec l’idéologie fasciste : même si elles ont en commun un délire nationaliste et un culte du chef (le roi d’un côté, le duce de l’autre), il faut reconnaître que le catholicisme maurrassien, son appel à la restauration de l’Ancien Régime et son rejet de la Révolution s’opposent à ce que l’on pourrait appeler le « fascisme pur », qui accompagne le combat nationaliste d’un appel à détruire l’ordre ancien en mobilisant une fibre révolutionnaire.

Mais si l’on se plonge dans l’histoire de l’AF en tant qu’organisation, on peut alors affirmer, comme l’ont fait les historiens Pierre Milza ou Zeev Sternhell, qu’elle a constitué une véritable matrice du fascisme à la française. Ainsi, tout au long de son histoire, différentes tendances se sont développées au sein de l’organisation royaliste, dont l’une, essentielle, et portée par Georges Valois, a proposé une synthèse entre le nationalisme maurrassien et la pensée proudhonienne : or c’est précisément cette synthèse qui offrira un cadre théorique aux courants français du fascisme de l’entre-deux guerres.

Georges Valois (source : wikipedia)

Valois, ancien anarcho-syndicaliste devenu royaliste dès 1906[2], a en effet très tôt développé le projet, au sein de l’AF, et alors qu’il était membre de son comité directeur, de « fondre dans une même doctrine l’apport du nationalisme et celui du syndicalisme révolutionnaire, ces deux composantes majeures du premier fascisme »[3]. Pour ce faire, il fonde en 1911, dans le giron de l’AF, les « Cahiers du cercle Proudhon », chargés de nourrir cette doctrine. Il suffit ici de lire certains textes des initiateurs du Cercle pour que saute aux yeux le caractère pré-fasciste de leur projet. Ainsi Edouard Berth[4], proche collaborateur de Valois dans cette aventure, saura décrire dans un style nieztschéen mal digéré (et que les fascistes reprendront plus tard) la mission essentielle de l’AF version Cercle Proudhon : « L’Action Française qui, avec Maurras, est une incarnation nouvelle de l’esprit apollinien, par sa collusion avec le syndicalisme qui, avec Sorel, représente l’esprit dionysien, va pouvoir enfanter un nouveau grand siècle, une de ces réussites historiques qui, après elles, laissent le monde longtemps ébloui et comme fasciné »[5].

Fasciné, ou fascisé? Cet éloge ampoulé de l’enfantement, d’un monde nouveau produit par la rencontre entre un ordre pseudo-apollinien et une « barbarie » pseudo-dionysiaque, révèle en tout cas une proximité troublante avec la phraséologie fasciste, en particulier hitlérienne : l’apologie que feront les nazis de l’alliance mystique entre le Führer et les masses exaltées semble même être le décalque de cette figure virile du chef maurrassien prodiguant « la lumière, le vent frais et la rosée » à la « barbarie syndicaliste »[6].

Il n’y a certes pas de lien immédiat entre les travaux, restés largement confidentiels, du Cercle Proudhon, et l’apparition du fascisme dans les années 20, puisque les activités du Cercle s’interrompront en 1914, n’ayant attiré presque personne, et certainement pas en dehors des sphères intellectuelles de l’extrême-droite[7] ; mais cette expérience fut suffisante pour qu’un certain nombre de cadres de l’AF ait été convaincu par cette synthèse national-révolutionnaire, au point que Valois lui-même, ayant après-guerre pris ses distances avec l’AF, créera en 1925 les Faisceaux, première organisation française se réclamant ouvertement du fascisme mussolinien. De nombreux autres royalistes formés à l’AF suivront cette voie, tels Lucien Rebatet, Robert Brasillach, Eugène Deloncle ou encore Marcel Bucard.

C’est pourquoi il est possible de dire que si l’AF n’a pas été fasciste à proprement parlé, elle a favorisé en son sein le développement de tendances qui ont fonctionné comme une couveuse du futur fascisme français. Plus précisément, deux époques de l’AF se dégagent : la première, de sa fondation jusqu’en 1914, où les maurrassien.nes sont focalisé.e.s sur la possible (et vaine) jonction entre le monde ouvrier et les nationalistes monarchistes, et la seconde, dans l’entre-deux-guerres, où l’AF se détourne du prolétariat pour s’intéresser à la cause rurale. C’est, ainsi, les partisan.es de la synthèse valoisienne d’avant-guerre qui s’en iront grossir les rangs du fascisme français[8].

 

b) l’AF de Bordeaux largement inspirée par l’héritage fascisant du Cercle Proudhon

Or, la nouvelle génération de « camelot.e.s » qui s’est développée depuis quelques années en France dans le sillage des manifs pour tous, semble être particulièrement sensible à cette tendance « nationalo-proudhonienne » de l’AF, reprenant allègrement ses thèses, jusqu’à exprimer publiquement son intérêt, voire sa fascination pour le romantisme fasciste.

Cette orientation « valoisienne » est aujourd’hui portée par le président himself du comité directeur de l’AF, Stéphane Blanchonnet, qui ne tarit pas d’éloges sur le Cercle Proudhon et qui, dans un souci certainement œcuménique, laisse ses écrits sur la question être publiés par les soraliens d’Egalité&Réconciliation (voir ici). Mais cette orientation est aussi notoire dans le cas de l’AF étudiante de Bordeaux.

Tout d’abord, leur détestation du syndicalisme et leur défense du corporatisme sont directement héritées de la tendance portée par le « Cercle Proudhon » – et comme on entend d’ici les dénégations outragées de nos camelot.e.s, reportez-vous à cette note ! [9], Cercle dont ils se réclament explicitement[10] et auquel ils ont d’ailleurs consacré le 9 avril 2015 un cycle de formation (voir ici). Ensuite, Charles Horace, qui préside aux dissidence1destinées de la section bordelaise, se trouve être par ailleurs le représentant local du groupuscule putschiste Dissidence Française (qui en appelle à un coup d’Etat de l’armée pour renverser la république, beau programme), laquelle DF, comme l’illustre la photographie ci-dessus, n’a pas vraiment peur du « salut romain ».

Le même Charles se plait à reproduire sur sa page facebook des citations d’auteurs fascistes, dont l’une, consternante, de Robert Brasillach, publiée en février 2015 :

Charles fait partager son émotion à la lecture des Sept Couleurs de Brasillach, roman de 1939 résolument fasciste et pro-nazi…

Quant aux camelots Antoine/Brousse Royco et Flavien, ils n’hésitent pas à parader, l’un devant le siège de Casapound (mouvement néo-fasciste italien qui dans son programme déclare se battre pour une « Italie sociale et nationale, dans un esprit futuriste […] et mussolinien » – cf. la page 2 de leur programme, disponible ici), l’autre avec un t-shirt de ZetaZeroAlfa, groupe identitaire affilié à Casapound :

royco casapound

Antoine posant fièrement (mais cachant pudiquement son visage)

zetazeroalfa

Flavien tient absolument à illustrer le rapprochement entre la cause monarchiste et la culture fasciste.

Et si le royco bordelais ne va pas au fascisme, c’est le fascisme qui viendra à lui, comme nous l’a récemment appris un tweet du cyberfaf Bordeaux Corbeau annonçant la venue d’un représentant  de Casapound à la dernière conférence donnée par l’AF Bordeaux sur … le fascisme. Rien de mieux, en effet, pour lever les soi-disant « malentendus et confusions », que d’inviter un fasciste italien à venir papoter dans la douce chaleur d’une salle municipale…

bdx corbo casapound

CP Strasbourg

Un joyeux mélange : symbole du Cercle Proudhon et texte en lettrage gothique arborés par des soraliens à la manif Monsanto (source : Taranis news.com).

Nous pourrions continuer longtemps, tant nos royalistes bordelai.se.s sont prolixes en déclarations d’amour et d’allégeance fascistes. Il reste que la tendance affichée à Bordeaux illustre le mouvement général qui traverse aujourd’hui une partie de la jeunesse fascisante française, laquelle n’hésite pas à puiser sa force dans la doctrine valoisienne de l’AF. Un seul exemple : à Strasbourg, le 23 mai dernier, lors d’une manifestation contre Monsanto, on a vu défiler tranquillement, aux côtés d’organisations de gauche, des individus d’E&R portant des t-shirts arborant le symbole du Cercle Proudhon (compte-rendu de Taranis News disponible ici), logo dont les frères Strasser, qui incarnaient l’aile « gauche » du parti nazi dans les années 20, avaient repris certains éléments[11]… Une synthèse nationale-socialiste, en somme, à laquelle l’AF aura fourni certains de ses concepts-clefs.

 

3) L’AF, une organisation à tradition antisémite

a) Les délires maurrassiens au sujet des « quatre Etats confédérés »

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Charles Maurras (source : Larousse.fr)

Dans la « pensée » de Maurras (disons plutôt la forme pseudo-rationnelle donnée à ses délires de persécution[12]), la nation française est entrée depuis la révolution de 1789 en décadence : le siècle des Lumières, dont l’esprit a contribué à renverser la monarchie, a fini par imposer le règne de l’individualisme et de l’égalitarisme démocratique[13]. Une sainte horreur saisit le pauvre Maurras à l’évocation de ces qualificatifs républicains : c’est que la nation, pour lui, est comme un grand organisme vivant dont chaque individu ne serait qu’une cellule – or c’est précisément l’esprit révolutionnaire qui a fait exploser cet organisme, livrant les individus à eux-mêmes, les arrachant à leurs liens vitaux.

Maurras, cependant, s’indigne : il en est quelques un.e.s qui ont échappé à cette destruction et qui tiennent aujourd’hui les rênes du pouvoir ! leur secret : avoir formé des sous-communautés puissantes qui agissent comme des Etats dans l’Etat, et ici on commence à voir venir le délire du petit Maurras… pour lui, ces communautés qui tirent les ficelles et plongent le pays dans le chaos sont au nombre de quatre, soit les « Quatre Etats confédérés », franc-maçon, protestant, « métèque » et juif. Sur ce sujet, qu’il entretiendra toute sa vie, Maurras aura été capable de sorties hallucinantes, dignes d’un psychotique soralien : « La République anti-catholique n’a vécu, ne vit, ne vivra que du pouvoir occulte de l’Etat juif et de l’Etat protestant liés entre eux par l’Etat maçonnique et reliés à l’Internationale par l’Etat métèque »[14].

Juives et Juifs inspirent à Maurras une horreur particulière : dans son texte l’Exode moral (disponible ici), daté de 1911, il en voit partout, et surtout il ne voit qu’eux, dans l’armée, l’administration publique, la finance, la presse, capables de faire et défaire les carrières, intouchables… seule solution : les déchoir de leur titre de Français, les expulser de tous les postes de pouvoir. « Ôtons de la France civique et politique les gens qui ne sont pas de notre cité », s’étrangle Maurras, qui rêve que les « écumeurs d’Israël [soient] appréhendés par une police impartiale et nationale, traités selon les règles de l’usage historique et du droit commun »[15]. Le régime de Vichy saura appliquer à la lettre les rêves secrets du chef historique de l’Action Française.

Nul besoin de maîtriser les concepts de la psychanalyse pour déceler sous cette rhétorique antisémite un violent et contrarié désir d’identification : Maurras déploie sa détestation envers un « peuple » qui représente, à l’en croire, tout ce dont lui-même et ses congénères sont privé.e.s : la solidarité, la conscience de soi, la toute puissance… pauvres petites cellules nationalistes éparpillées face à la grande « communauté organisée » ! miroir inversé de ses propres faiblesses, cette communauté juive mythifiée semble en vérité illustrer la secrète détestation que Maurras voue à ses propres troupes. C’est à l’aune de cette haine de soi déguisée en haine jalouse de l’autre qu’on peut comprendre les circonvolutions jésuistiques auxquelles il se livrera plus tard, en déclarant rejeter l’antisémitisme biologique pour lui préférer un antisémitisme d’Etat : « On ne me fera pas démordre d’une amitié naturelle envers les Juifs bien nés », risquera même le pauvre Maurras en 1937, ce qui fait tout de même diablement penser aux « bons nègres » des racistes old school, qui n’acceptent l’autre qu’à condition qu’il se soit dépouillé de toutes les qualités que ces racistes lui prêtent, et surtout lui disputent…

b) L’AF de Bordeaux imbibée d’antisémitisme religieux et maurrassien.

Comme pour la question fasciste, cet antisémitisme vulgaire a traversé toute l’histoire de l’AF, jusqu’à constituer aujourd’hui la colonne vertébrale de nos jeunes royalistes bordelais.e.s. Une raison essentielle de cette reprise obstinée de la thématique antisémite vient de ce que les jeunes militant.e.s de l’AF sont pour beaucoup, et en particulier sur Bordeaux, des catholiques intégristes, formé.e.s à l’Institut du Bon Pasteur de l’église Saint Eloi, où il se murmure encore que le « peuple juif » est responsable de la crucifixion du petit Jésus – peuple déicide. Un antisémitisme religieux, donc, qui met en scène la supposée confrontation deux fois millénaire entre le christianisme et le judaisme, et que le camelot bordelais Antoine/Brousse Royco (qui a fait ses armes en politique en exécutant des quenelles dans les couloirs de l’université de Bordeaux 3) se plait à illustrer sur son tumblr avec un dessin reprenant tous les clichés odieux (physiques, symboliques) de l’antisémitisme :

Les Juif.ves selon Antoine : doigts crochus, nez crochu…

Là encore, les preuves par l’image sont légions. Nos royalistes « judéophobes » n’iraient cependant pas jusqu’à lancer des « Mort aux Juifs ! » (comme a pu le faire le monarchiste Henri Vaugeois, co-fondateur de la Revue d’Action Française, dans une tribune publiée en 1906) – leur viscérale détestation s’exprime plutôt par la bande, en partageant des photos ou des citations qui auront pour fonction de parler à leur place. Ainsi cette image, reproduite par le même Antoine, d’un lecteur du journal Je suis partout[16], un des plus abominables torchons antisémites et collabo des années 30/40 :

brousse antisemite3

Charles Horace, toujours lui (l’AFE Bordeaux a trouvé un chef à sa mesure !), partage une citation qui se passe de commentaires :

horace antisemitisme2

Au terme de la première partie de ce dossier, un constat se dégage : sous prétexte d’une cause royaliste qui fleure bon le 18ème siècle, les militant.e.s de l’Action Française diffusent aujourd’hui, et en particulier sur Bordeaux, ses rues et ses facultés, des idées d’extrême-droite, héritières de la tendance fascisante de l’AF et ouvertement antisémites. Depuis maintenant 3 ans, l’AFE de Bordeaux a su investir le vide laissé au sein de l’extrême-droite radicale par la quasi disparition dans notre ville des organisations identitaires (Bloc identitaire) et catho intégristes de jeunesse (Renouveau Français) ; or l’offre idéologique nauséabonde de ces apprentis maurrassiens semble aujourd’hui attirer un certain nombre de fachos que l’éclatement du BI et du RF sur Bordeaux avait laissé.e.s dans la nature. D’où l’urgence de les combattre frontalement, non pas pour ce qu’ils disent être, mais pour ce qu’ils sont – cette première partie de dossier l’aura montré.

Nous poursuivrons prochainement l’analyse des discours et actions de nos camelot.e.s bordelais, en décryptant leurs propos racistes/islamophobes, sexistes/homophobes et en nous intéressant à leurs stratégies de propagande (mythomanie, pillage du vocabulaire et des codes de l’extrême-gauche).

Le Pavé Brûlant

 

[1] Cf. le rassemblement organisé le 6 février dernier par le SIEL devant le consulat d’Allemagne de Bordeaux, pour apporter son « soutien » aux victimes des agressions du nouvel an à Cologne. Les petits militant.e.s de l’AF Bdx ont pu s’y exprimer, religieusement écouté.e.s par les néo-nazis du KKK, entre autres.

[2] Cette dérive, même si elle fut extrêmement minoritaire, illustre la crise qui a frappé le milieu syndicaliste révolutionnaire à partir de 1906. Affaiblissement de la CGT, climat post-Affaire Dreyfus : c’est à travers le développement d’un ressentiment antisémite et le rejet impuissant de la République bourgeoise que quelques syndicalistes en viennent à se compromettre avec les milieux maurrassiens – Emile Pataud ou Emile Janvion, exclus de la CGT en 1913, en sont un exemple. Sur ce sujet voir Henri Dubief, Le syndicalisme révolutionnaire, coll. U, Paris : Armand Colin, 1969, pp. 48-50 et Michel Dreyfus, L’antisémitisme à gauche, histoire d’un paradoxe de 1830 à nos jours, Paris : La découverte, 2009, pp. 108-112.

[3] Pierre Milza, « Tentations fascistes en Europe de l’Ouest », in Les Fascismes, collection Notre siècle, Paris : 1985, p. 216.

[4] Successivement réformiste, syndicaliste révolutionnaire, monarchiste, léniniste puis de nouveau syndicaliste révolutionnaire, groupie du marxiste à tendance antisémite Georges Sorel (lui-même un très court temps attiré par l’AF), Edouard Berth ne brillera pas par sa cohérence, ce qui donne une idée de la fine équipe formée à l’époque par l’AF version Valois.

[5] Edouard Berth, « La victoire de Pascal », in les méfaits des intellectuels, Paris : Librairie des sciences sociales, 1914, p. 327. Disponible sur le site de la BNF Gallica en cliquant ici.

[6] Ibid.

[7] Cf. Géraud Poumarède, Le Cercle Proudhon ou l’impossible synthèse, disponible sur la plateforme universitaire Persée en cliquant ici.

[8] Ibid.

[9] Là encore, nous entendrons beaucoup nos jeunes camelot.e.s du roy se défendre de toute compromission avec la vision fasciste du corporatisme : l’AF Bordeaux affirme s’inscrire dans l’héritage du royaliste François René de La Tour du Pin Chambly de La Charce (un nom qui ne s’invente pas !), partisan d’un catholicisme social et compagnon de route de l’Action Française dès 1899. Patrons et ouvriers main dans la main avec une croix autour du cou pour défendre leurs « métiers » dans une relative indépendance vis-à-vis de l’Etat ? Comme souvent, tout n’est qu’affaire de nuance en comparaison des corporations fascistes qui se développèrent dans les années 20 au service de l’Etat – mais une telle proximité fait du corporatisme maurrassien une naturelle voie d’entrée vers des formes d’organisation sociales fascistes, que les valoisiens du Cercle Proudhon sauront eux-mêmes parfaitement exploiter. Les passerelles jetées entre les différents modèles corporatistes sont tellement nombreuses qu’on ne s’étonnera pas de voir nos jeunes camelot.e.s les emprunter allègrement !

[10] « Notre force est de rassembler, comme Charles Maurras l’a fait aux premières heures de l’Action Française [et] comme a pu le faire le cercle Proudhon », tiré de l’article « Poussiéreux antifas : réponse de l’AFE Bordeaux » publié sur leur blog le 2 décembre 2014 (il est vrai qu’à force de remuer leur poussière, il en retombe un peu sur nous !) – afe-bordeaux.blogspot.fr/2014/12/poussiereux-antifas-reponse-de-lafe.html

[11] Otto et Georg Strasser organisèrent un mouvement à la « gauche » du NSDAP, avec comme symbole une épée et un marteau croisés, reprise du logo du cercle Proudhon. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_Strasser

[12] Selon la classification internationale des maladies mentales (DSM-IV), le délire de persécution est une forme de schizophrénie où le malade (maurrassien, en l’occurrence) est persuadé, à tort, que quelqu’un.e lui a fait, ou va lui faire du mal.

[13] On trouvera une présentation éclairante de la « pensée » maurrassienne dans l’ouvrage de Zeev Sternhell, Les anti-Lumières, une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide, coll. Folio histoire, Paris : Fayard, 2010, pp. 586-597.

[14] Charles Maurras, « La Politique religieuse », in La Démocratie religieuse, 1912, p. 302. Pour vous éviter d’avoir à acheter des livres du père Maurras, nous vous renvoyons vers une version pdf, disponible ici.

[15] Charles Maurras, L’exode moral, ibid.

[16] Fondé, en 1930, par des militant.e.s et sympathisant.e.s de l’AF.

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