Devoir de mémoire : Pablo Sanchez, antifasciste catalan tombé à Bordeaux sous les balles nazies

En ce 27 août, nous tenons à faire vivre la mémoire d’un homme que nous n’avons jamais connu mais qui n’en est pas moins un camarade : Pablo Sanchez.

Plaque commémorative apposée au 53 quai Richelieu à Bordeaux

De Pablo nous ne savons que peu de choses : probablement originaire de Lerida, en Catalogne, Il prend les armes aux côtés de républicains espagnols durant la guerre civile puis est contraint de fuir en France lorsque le général Franco prend le pouvoir.

Finalement rattrapé par la Seconde Guerre mondiale, et dans la continuité de son engagement antifasciste, il intègre la 3ème brigade du 24ème bataillon de guérilleros des FFI-UNE (Forces Françaises de l’Intérieur – Union Nacional Española), sous la direction du commandant Casado (dit Barbas).

A la mi-août 1944, après avoir libéré Casteljaloux, ordre est donné à sa colonne de poursuivre sa route vers Bordeaux afin d’y faire la jonction avec d’autres groupes FFI et de libérer la ville.

Le 25 août, Pablo Sanchez assiste à une réunion décisive, que nous raconte Angel Villar Tejón : « J’étais le chef de la Résistance espagnole à la base sous-marine de Bordeaux, en liaison avec Barbas. Deux jours avant, nous avions eu une réunion dans un local du quartier Caudéran avec Barbas et une trentaine de guérilleros parmi lesquels Pablo. Barbas savait que le pont de Pierre était miné. Les Allemands avaient commencé à quitter la ville, leur canon qui était sur la place était parti ». [1]

Une opération de reconnaissance est alors décidée pour le lendemain, ainsi qu’une opération de déminage du pont le jour suivant, pour laquelle Pablo se porte volontaire.

Le 26, la mission de reconnaissance, à laquelle participe Angel Villar Tejón, semble indiquer que les fascistes se sont repliés.

Le 27, aux alentours de 14h30, Pablo s’engage sous le tablier du pont et neutralise les explosifs qui s’y trouvent, sauvant ainsi l’édifice, ce qui permettra aux maquisard.e.s descendant d’Angoulème et de Bergerac de pénétrer facilement dans Bordeaux.

Alors qu’il ressort par la rive gauche, ayant rempli sa mission, il lève les bras au ciel et exulte. Hélas, à ce moment-là, un tireur embusqué l’abat d’une rafale de mitraillette.

Le 28 août, Bordeaux est officiellement libérée et le 30, se sont plusieurs milliers de personnes qui s’élancent de Bacalan pour rejoindre le cimetière de Bordeaux nord et accompagner la dépouille de Pablo.

Milliers de poings levés pour les obsèques de Pablo Sanchez à Bordeaux – source : Mémoire de l’immigration en Aquitaine

Malgré tout, il faudra attendre 70 ans d’hypocrisie pour que l’Etat français, en 2014, reconnaisse Pablo Sanchez comme étant « mort pour la France », au prétexte que ce dernier n’apparaissait pas dans les registres des FFI ou qu’il n’était pas français.

Si pour nous, internationalistes, cette mention n’a aucune valeur, nous respectons le fait qu’elle puisse apporter quelque réconfort à ses camarades qui ont eu la chance de survivre au conflit.

73 ans après, nous n’oublions pas.

¡ HASTA LA VICTORIA PABLO !

Les Antifascistes d’aujourd’hui aux Antifascistes d’hier.

 

[1] témoignage recueilli par Henri Farreny en 2014, à retrouver ici

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