« Les pauvres sont cons » : violente altercation avec des bourgeois.es du magasin « Yvonne », symbole de la gentrification de Saint Michel à Bordeaux

le logo du magasin « Yvonne ». Une étoile noire écartelée – tout un symbole !

Nous avons récemment été contacté.e.s par des camarades, révolté.e.s par ce qu’ils et elles ont vécu et entendu en tombant jeudi 14 septembre sur la soirée d’inauguration du magasin « Yvonne », place Saint Michel à Bordeaux.

Ce qui nous a été rapporté par ces camarades, le caractère odieux des propos tenus par certain.e.s participant.e.s à cette sauterie (mépris de classe, sexisme, sous-entendus racistes) sont tels qu’il nous a semblé nécessaire d’en faire ici un compte-rendu, pour illustrer ce que la gentrification est en train de faire subir au dernier quartier populaire du centre de Bordeaux.

Nous allons ici présenter rapidement ce magasin et son « concept » (1); puis nous reproduirons des « morceaux choisis » de l’altercation qu’ont subie les camarades (2); nous montrerons enfin en quoi cet événement est symptomatique de la violente transformation qu’est en train de subir le quartier Saint Michel, et dont sont victimes les classes populaires qui y vivent depuis des années (3).

 

1) Yvonne, un « lifestore » chic, mais pas populaire

Le magasin Yvonne, installé depuis quelques semaines au 2 rue Gaspard Philippe, sur la place Saint Michel, a eu droit récemment à un article publicitaire dans le journal Sud Ouest. Il y est présenté comme un lieu « chic et populaire », proposant sur plus de 200m2 des objets de décoration et d’accessoires, mais aussi un coin « cantine ». Deux des trois associé.e.s à l’origine de ce projet, ancien.ne.s publicitaires à Paris, proposent « une autre façon de faire du shopping, une façon plus incarnée, plus vivante » – un lifestore (« lieu de vie plein de sens où l’on s’étonne, on s’amuse, on découvre… Bref, dans lequel on vit ! » nous précise « Yvonne » sur sa page facebook – voir ici).

article de Sud Ouest

Mais pour avoir le droit de vivre dans ce lieu, mieux vaut être doté d’un porte-monnaie bien garni. La quincaillerie proposée fait exploser les tarifs : petite table en plastique pour enfant à 220 euros, plaids en wax à 309 euros, slips en coton à 18 euros pièce (« Yvonne est culottée… Mais uniquement en Germaine des Prés ! »[1]), balai à chiotte en plastique à 28 euros… les smicard.e.s en mal de vivre ne manqueront pas de trembler en arpentant ce lifestore !

Côté cuisine, même esprit : une nourriture « healthy et gourmande » (voir ici – la comm’ de leur facebook multiplie les expressions en franglais chic et branché) composée de « miels raffinés à la française » (voir ici), de tablettes de chocolat à 6 euros « 100% français », de confitures « françaises et délicieuses » (voir ici)… « pour un effet Wow ! » (voir ici  – on ne se lasse pas des tournures de phrases de leurs statuts facebook…)

100% français ? les fèves de cacao doivent certainement venir du Médoc…

Un rapide coup d’oeil à leur communauté 2.0 (nous vous invitons à aller le vérifier par vous-mêmes) nous donne enfin un bon aperçu du ciblage socio-économique de ce magasin : un « worldwide chief marketing communication officer » d’une grande entreprise de bagnoles, une productrice télé, des avocat.e.s, beaucoup de commerciaux, de publicitaires (dont un head of amplification – aaah, la poésie du monde de la pub…), des cadres de grandes banques, habitant pour beaucoup à Paris, Neuilly, mais aussi à Bruxelles, Genève, Fribourg… Pas étonnant donc que certain.e.s d’entre elles/eux demandent si la livraison vers « St Barth » est possible ou se proposent de « sauter dans un avion pour venir voir ça » :

Le décor est posé, et c’est sur tout ce beau linge que nos camarades sont tombé.e.s jeudi dernier, comme nous allons vous le décrire maintenant.

 

2) Compte-rendu de l’altercation (avec retranscription d’une partie des « échanges »)

Extrait de l’album souvenir de la soirée d’inauguration d’Yvonne, à retrouver sur sa page facebook.

Sur les coups de 18H ce jeudi 14 septembre, les camarades qui passent devant le 2 rue Gaspard Philippe découvrent effarée.e.s une ambiance très high society, digne du cours de l’Intendance : fourrures, costards, veste forestière à la Fillon, bijoux clinquants, conversations distinguées laissant éclater des accents caricaturalement snobs (une des camarades présente nous a rapporté « qu’ils ressemblaient tous à Franz-Olivier Giesbert, même les femmes ! ») – c’est la soirée d’inauguration BCBG d’Yvonne. Choqué.e.s, les camarades ont transcrit de mémoire les échanges suivants immédiatement après avoir mis fin à leur expérience, et nous ont transmis leurs notes.

Devant le magasin, deux de ces spécimens vantent les mérites du quartier : « Ma chérie, quand est-ce que tu t’installes à Bordeaux ? Si tu viens, il faut absolument que tu achètes ici, c’est LE quartier en vogue, c’est pour cela qu’ils ont ouvert la boutique ici ! »

Toujours l’album souvenir. Quoi de plus délicieusement branché qu’une fourchette en plastique dans la poche à mouchoir d’un costard ?

Les camarades décident d’entrer dans le magasin pour visiter. Ils et elles n’ont pas fait 5m qu’illes captent, et interviennent dans une conversation entre un des gérant.e.s du lieu et des client.e.s :

Une cliente : Pourquoi avoir choisi ce nom, Yvonne ?

Le gérant : Eh bien figure toi que depuis longtemps, j’adore ce prénom, parce qu’on peut le prononcer à la fois de façon très chic, et en même temps de façon très populaire. [démonstration difficilement retranscriptible de la prononciation caricaturale de « chic » puis « populaire »]

Une cliente : Et le site, ça marche pas ?

Le gérant : Non ! il est under-construction [prononcer à l’anglaise], parce qu’il est pas fini, et que c’est long à faire, mais je pense à la fin du mois ! [à une autre cliente] Oui, fais un tour, Chantale, c’est super gentil d’être venue en tout cas !

Chantale : Non non, mais on n’est venu que pour vous, on n’attendait que ça pour venir à Bordeaux !

Le gérant, à une autre cliente : Je trouve que ça [le magasin, ndlr] correspond exactement à l’esprit du quartier…

Camarade 1, qui s’invite dans la conversation : Non, ben non, en fait, ça correspond pas à l’esprit du quartier…

Une cliente : ce qu’il devient…

Camarade 1 : Ce qu’il devient, malheureusement, voilà, et ce qui fait que les gens ne peuvent plus se loger.

Le gérant : mais je n’y suis pour rien moi madame…

Camarade 1 : ben si.

Le gérant : Ben non, et si vous venez ici pour nous créer des ennuis, j’appelle la police immédiatement.

Camarade 1 : ben on peut discuter, non ? vous inaugurez, vous présentez, moi j’habite dans le quartier depuis 20 ans, j’ai le droit de vous dire ce que j’en pense ?

Le gérant, s’adressant à son collègue : Olivier…

Camarade 1, terminant ironiquement la phrase du gérant, sans y croire :  « … appelle la police ! »

Le gérant : Olivier, tu peux appeler la police s’il te plait ?

[Brouhaha de protestation du groupe]

Camarade 1 : et ça vous trouvez que ça correspond à l’image du quartier ? ça, appeler les flics juste parce qu’on discute ?

Le gérant : vous ne discutez pas, vous m’agressez…

Camarade 2 : vous appelez les flics juste parce qu’on n’est pas d’accord avec votre magasin, vous rigolez ou quoi ?

Le gérant : non mais madame, un magasin ce n’est pas fait pour être d’accord ou ne pas être d’accord, on y vient ou on n’y vient pas.

Camarade 2 : Eh ben voilà, c’est ça, vous êtes bien entre vous, et vous voulez rester entre vous, c’est tout ce que vous voulez. Appelez-les, les flics !

Camarade 1 : On partira pas [du quartier, ndlr] ! Vous partirez avant nous !

Une cliente, riant avec mépris et faisant trainer ses voyelles de façon snob : Mon dieu, mais c’est la bande à Caliméro !

Les camarades préfèrent sortir avant que la situation ne s’envenime. C’est alors qu’un client, puis le propriétaire de l’immeuble viennent les voir.

Le client (morceaux choisis) : « Nous ça fait des années qu’on vit au milieu des kebabs, 60 mètres avec uniquement des kebabs, qui vendent leurs sandwichs mauvais à 6 euros, c’est insupportable ! Je préfère ici, c’est très bien de pouvoir profiter de bonnes nourritures, bio. Les choses évoluent, c’est bien le mouvement. »

« Je ne comprends pas que vous soyez en colère, si les gens qui sont là ce soir peuvent s’acheter des choses dans ce magasin, c’est qu’ils TRAVAILLENT » [les smicard.e.s apprécieront…]

Puis c’est au tour du propriétaire (« de TOUT l’immeuble », répétera-t-il avec fierté) de venir donner sa vision des choses.

Le propriétaire : « c’est vous qui êtes contre la dégentrification [sic] ? Vous savez, quand vous dites que les loyers augmentent à Saint Michel, c’est faux : moi je suis propriétaire de tout l’immeuble, et je loue des appartements à 10 euros le mètre carré, à tel point que l’autre jour, mes locataires sont venus me trouver pour me dire que je ne pouvais pas continuer à leur louer si peu cher, ils voulaient que j’augmente leur loyer de 100 euros ! »

« Avant Yvonne, c’est un africain qui avait ce fonds de commerce, à côté il y avait un arabe qui avait une boucherie halal, ils sont partis parce qu’ils avaient envie de bouger, c’est donc eux les responsables de la transformation du quartier, pas Yvonne ! » [Pour notre part, nous savons, pour en avoir à l’époque discuté avec le gérant du magasin Teranga, qu’il était en liquidation judiciaire. Pour ce qui est de « l’envie de bouger », nous repasserons…]

« Les classes, les classes ! je n’ai pas entendu ça depuis 20 ans ! Votre discours est totalement dépassé, les classes sociales n’existent plus ! »

« Vous avez une vision caricaturale des riches, ce n’est pas juste putes, coke et fric ; moi qui viens d’un milieu populaire, j’ai toujours été fasciné par les riches, je voulais acheter les mêmes tableaux qu’eux ; j’en avais marre de faire des boulots de merde, de fréquenter tous ces pauvres qui ne font rien de leur journée et qui vont se pochtronner au bar ; alors j’ai bossé, j’ai acheté, petit à petit je suis devenu propriétaire, j’ai quitté ce monde. »

« C’est très bien de devenir riche ; vous savez, les pauvres sont cons – oui monsieur, les pauvres sont cons dans leur grande majorité, et les riches le sont beaucoup moins. Et ils ont une utilité, les riches : permettre aux pauvres qui le veulent, par la force de leur travail, de sortir de leur monde, et de devenir riches [À appui de sa démonstration, il fait le geste de ramasser quelque chose au sol et de l’attirer vers le haut]. »

« Avant ici, il n’y avait que des putes, des macs et des arabes qui habitaient des taudis. »

« Ce n’est pas le magasin Yvonne qui est responsable de tout ça, pourquoi vous ne vous battez pas pour de justes causes ? par exemple, vous ne trouvez pas scandaleux que Macron baisse les APL de 5 euros, et que dans le même temps il dépense des milliards pour reconstruire l’île Saint Martin ? Et puis les vrais responsables du système, ce sont tous ces pauvres qui achètent du coca, et qui donc font vivre l’industrie de coca-cola ! »

Sur les prix qui augmentent à St Michel : « ben qu’est-ce que tu veux, c’est la loi de l’offre et de la demande mon chat ! » (doit-on préciser que ce condescendant « mon chat » s’adressait à UNE camarade ?) 

On le constate, cette altercation a permis d’offrir un condensé presque chimiquement pur de l’attitude grande bourgeoise, faite de condescendance, de mépris de classe, d’un sexisme et d’un racisme mielleux, d’un fond particulièrement vulgaire enrobé dans une forme distinguée. Qu’il soit aujourd’hui possible, dans l’un des derniers quartiers (encore) populaires de Bordeaux centre, de tomber sur de pareils énergumènes, montre bien que le processus de gentrification de Saint Michel est entré dans une phase critique.

 

3) Le processus de gentrification du quartier Saint Michel et ses effets

Ceux et celles qui fréquentent ou habitent le quartier Saint Michel n’auront pas de mal à reconnaître que celui-ci a subi une profonde transformation. Pour s’en apercevoir il n’est pas forcément nécessaire de l’avoir arpenté depuis trop longtemps, tant le processus s’est accéléré ces dernières années. 

Dernier bastion populaire du centre-ville de Bordeaux, le quartier est au centre des convoitises des promoteurs immobiliers privés et des politiques de rénovations urbaines depuis le début des années 2000. Sous prétexte de lutter contre le mal logement, la mairie, via son gestionnaire de logement « In cité », a lancé il y a quelques années un grand programme de réhabilitation « déclaré d’utilité publique » (DUP). Sous cet acronyme bienveillant et dont on appréciera l’ironique polysémie, la loi a imposé des travaux aux propriétaires historiques ; « In Cité » a exproprié des habitant.e.s ou racheté des immeubles à bas prix avant de les revendre à des gestionnaires privés qui font monter le prix des loyers et qui se réjouissent de la plus-value énorme que représente le quartier. Conséquence, le prix historiquement bas du m2 à saint Michel n’a aujourd’hui plus rien à envier à celui des quartiers les plus aisés du centre-ville. 

Dans le sillage de ces ambitions, capitalistes de fait, et des nouveaux espaces qu’elles créent, on voit s’infiltrer de nouveaux habitant.e.s, occupant.e.s, commerçant.e.s qui transforment le profil social et économique du quartier et poussent les autres, les plus modestes, vers la sortie. Alors autant lâcher le mot tout de suite puisque ce processus porte un nom et qu’il se généralise dans la plupart des grandes villes : la « gentrification » est en train de grignoter le quartier Saint Michel. 

Prenons un exemple frappant, en comparant la situation de Versailles, ville riche s’il en est, à celle de Saint Michel. Si l’on prend la médiane du revenu disponible par unité de consommation [2], on constate qu’à Versailles il est de 30 138 euros, contre 14 839 euros dans le quartier Saint Michel (Source INSEE 2013). 

Le revenu médian est donc à Versailles 10 000 euros au-dessus de la médiane nationale, et 2 fois plus élevé que celui de Saint Michel.

Ayant ces chiffres en tête, nous allons maintenant faire une découverte hallucinante : les prix de vente au mètre carré peuvent être aujourd’hui PLUS ÉLEVÉS à Saint Michel qu’à Versailles ! Vous avez bien lu.

de 6 408 à 7000 euros le m2 pour cette résidence de luxe en construction place St Michel

6000 euros le m2 ce duplex dans la très chic ville de Versailles.

A qui donc s’adressent ces logements ? Certainement pas aux habitants de St Michel. Cette envolée des prix est particulièrement indécente dans un quartier classé prioritaire et où le taux de pauvreté est estimé à 34.7% (voir ici)

Dans l’ancien, on atteint également des prix hallucinants, avec des appartements dépassant le million d’euros :

On peut parier que ces nouveaux habitant.e.s, habitué.e.s au luxe, auront du mal à supporter les bruits de l’installation du marché tôt le matin, 6 jours sur 7. Iront-ils jusqu’à en demander l’interdiction, comme leurs homologues américain.e.s l’ont fait contre les concerts de jazz… à la Nouvelle Orléans (voir ici)? Plus près de nous, rappelons cette pétition de riverain.e.s du Cours de l’Yser ayant abouti à la fermeture des lieux de nuit à minuit pendant 8 mois [3]. Car les riches qui se piquent d’adôôôrer les « quartiers populaires » n’en supportent finalement pas grand-chose et cherchent par tous les moyens à les façonner à leur image et leur niveau de vie, au détriment des habitant.e.s qui ne s’y retrouvent plus. 

Si l’accession à la propriété est devenue inabordable depuis quelques années pour les foyers modestes ou les classes moyennes, qu’en est-il des logements sociaux ? On peut observer que des familles habitant à Saint Michel depuis des années, dont les enfants sont scolarisé.e.s dans le secteur, dont les parents travaillent dans le quartier, et qui sont en attente de logements sociaux depuis des années, sont comme par hasard toutes relogées en dehors de bordeaux ces derniers mois, et leur appartement de Saint Michel sont dès lors libres …

Conclusion

Non, nous ne sommes pas des « caliméros », nous ne sommes pas non plus contre le changement, si celui-ci bénéficie aux plus modestes. Or ce qu’on observe ici, comme dans tous les quartiers populaires des grandes villes occidentales, c’est une véritable chasse aux pauvres, organisée par les pouvoirs publics et leurs allié.e.s, les classes sociales dominantes. De plus, la gentrification n’est pas uniquement le fruit d’une volonté politique, même si l’élite s’en réjouit : ce processus est inhérent à une gestion capitaliste du système, où le promoteur s’engraisse sur le foncier, où l’entreprise déborde de chantiers de rénovation et où le propriétaire augmente son loyer chaque année. Comme l’écrit la géographe Anne Clerval, « La ville est un stabilisateur du capitalisme mondial. Lutter contre le processus de gentrification suppose de remettre en cause le capitalisme. »[4] N’en déplaise aux politicien.ne.s du PS, la gentrification ne dépend donc pas uniquement d’un programme politique, mais s’insère bel et bien dans une dynamique ultra libérale.  

L’ouverture d’Yvonne est donc ici un symbole de cette gentrification : après avoir attiré les classes moyennes +, le quartier devient désormais attractif pour les plus aisé.e.s d’entre elles/eux, qui tentent d’y imposer leur train de vie indécent, leur luxe ostentatoire et leur mépris de classe. La violence, la vraie, elle est là.

Heureusement, face à tout cela, des habitant.e.s excédé.e.s n’ont pas manqué de réagir ces derniers jours, en laissant de nombreux commentaires hostiles sur la vitrine facebook du magasin.

Mais les riches n’ayant pas l’habitude qu’on les bouscule, des ami.e.s d’Yvonne s’en agacent. Certain.e.s se montrent tout colère qu’on vienne secouer leur châle, comme cette avocate (venue exprès de Neuilly pour l’inauguration, ça ne s’invente pas!) qui se fend d’un « grrr » sous un avis négatif ; d’autres ont semble-t-il déjà perdu leurs nerfs, et tombé le masque de sérénité bourgeoise dont ils sont d’ordinaire si fier.e.s :

on notera la devise facebook de cet ami d’Yvonne, « partner » dans un fonds d’investissement bruxellois : « Le voyage est court donc autant le faire en première classe » – un clin d’oeil de riche à la LGV ?

Beaucoup de ces bourgeois.e.s vexé.e.s se drapent enfin dans les supposées vertus de leurs gueuletons au milieu des pauvres, en faisant la promotion de la « mixité sociale » – or, comme le rappelle Anne Clerval, « rechercher la mixité sociale, alors que la bourgeoisie résiste toujours à celle-ci, et avec succès, dans les beaux quartiers, cela revient à accompagner la gentrification » [5].

Pour notre part, il n’est pas question de parler de mixité, mais d’une lutte de classes menée par la bourgeoisie dans les quartiers populaires. Face à cette offensive qui ne dit pas son nom, il faut d’ores et déjà s’opposer publiquement aux gentrifieurs, leur signifier qu’ils et elles ne sont pas les bienvenu.e.s – il est temps de réagir et de nous réapproprier le quartier.

Le collectif Pavé Brûlant

Notes

[1] Voir ici. On sera frappé par le snobisme et la cuistrerie du texte de présentation de cette marque. Extrait : « Il y a enfin ces jours où Germaine sur un coup de tête, fait ses bagages à la hâte et quitte Paris. Elle n’oublie jamais de glisser dans sa valise sa pochette de Germaines […]. Dans la queue au guichet de la gare, Germaine passera devant tout le monde, sous l’œil ébahi des autres passagers. Qu’on lui barre la route, elle dira avec aplomb qu’elle est l’agent de M. L’amour comme l’aventure n’attendent pas. » texte intégral à retrouver ici)

[2] Le revenu médian est celui qui divise la population considérée en deux parties égales, tel que 50% de la population a un revenu au-dessus de ce chiffre, et 50% en-dessous – c’est donc un bon indicateur du niveau de richesse ou de pauvreté d’une population, contrairement au revenu moyen.

[3] Certains ont dû définitivement fermer leur porte suite à cet arrêté. Sur la question, cf. l’article de Rue89 Bordeaux disponible ici.

[4] « À Paris, le discours sur la mixité sociale a remplacé la lutte des classes », entretien du 18 octobre 2013 dans le journal l’Humanité, à retrouver ici.

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