Philippe Vardon en conférence à Bordeaux : le sanglier identitaire vient trouver les glands du FN33

Pas de surprise à Bordeaux du côté de l’extrême droite : après avoir été au cœur de la création et de la gestion du bar clandestin « le Menhir », qui jusqu’à récemment rassemblait tout ce que l’extrême droite locale a de plus abruti (militant.e.s royalistes, frontistes, identitaires et néo-nazi.e.s), le front national impose à Bordeaux la présence d’un invité de marque. En effet, Philippe Vardon, vice-président du groupe FN au conseil régional de PACA, animera le 16 novembre prochain en compagnie d’Edwige Diaz (conseillère régionale FN de nouvelle aquitaine) une conférence intitulée : « Comment préparer les prochaines victoires locales ; agir sur le terrain et communiquer. »

Outre l’amateurisme du montage et un sens original de la perspective, ce flyer nous montre un Philippe Vardon à l’image du Front National d’aujourd’hui : propre sur lui, d’allure sérieuse, mais cachant difficilement une réalité nettement plus brutale, nettement moins assumable. Petit retour sur la carrière du personnage.

Philippe Vardon fait ses débuts en politique au sein d’Unité Radicale, organisation nationaliste révolutionnaire dissoute suite à l’attentat de juillet 2002 visant Jacques Chirac, alors président de la république. A partir de 2000, il est également chanteur au sein du groupe de rif (rock identitaire français) « Fraction Hexagone », qui avait défrayé la chronique en 1998 avec le morceau « Une balle », promettant d’assassiner tout.e opposant.e, des sionistes aux marxistes, en passant par les « cosmopolites », morceau qui vaut au groupe d’être convoqué par la justice avant que l’affaire ne tombe à l’eau suite à un vice de procédure.

Philippe Vardon et Fraction Hexagone jouent lors d’un concert Hammerskins au début des années 2000. Paroles inaudibles et saluts nazis sur scène, ambiance garantie. Les Hammerskins, une organisation internationale de skinheads néo-nazi.e.s, ont notamment fait parler d’eux.elles en 2008 lorsque leur branche de Chicago avait tenté à plusieurs reprises d’assassiner Barack Obama, craignant de le voir accéder à la maison blanche.

Après la dissolution d’Unité Radicale, Vardon, désormais lâché dans la nature, fonde les Jeunesses Identitaires et cofonde en 2003 le Bloc Identitaire (en compagnie d’autres ancien.ne.s militant.e.s d’Unité Radicale, dont Fabrice Robert, lui-même ancien chanteur de Fraction Hexagone). Le Bloc se retrouve alors souvent sous les projecteurs pour son implication dans différentes rixes, agressions et actions coup de poing telles que l’occupation, en 2012, du toit de la mosquée de Poitiers à grand renfort de bannières siglées des symboles du groupe (le sanglier et le lambda grec) et invocation de Charles Martel à la clef.

L’occupation de la mosquée de Poitiers avait été organisée par Génération Identitaire, branche jeune du Bloc.

Le Bloc Identitaire s’est également fait remarquer pour son usage immodéré mais non moins stratégique de la communication sur les réseaux sociaux. Présent.e.s partout, tout le temps, intervenant officiellement ou sous couvert d’anonymat, les militant.e.s du Bloc Identitaire ont également été accusé.e.s par un ancien proche de leurs réseaux [voir ici] de créer de faux comptes sur différentes plateformes (notamment les forums d’organes de presse) afin à la fois de répandre anonymement leur propagande, mais également de donner un effet de masse en postant leurs messages sous de multiples fausses identités.

Loin d’être une pratique exceptionnelle, cette méthode serait même recommandée dans les fascicules de formation internes du Bloc. On peut dès lors imaginer ce que le Front National souhaite enseigner à ses adhérent.e.s/militant.e.s en invitant Philippe Vardon pour disserter sur l’action de terrain et la communication.

En 2013, nouveau coup de théâtre : Philippe Vardon annonce dans un communiqué rejoindre le Rassemblement Bleu Marine, fédération des organisations satellitaires du FN. « Mon adhésion (au Rassemblement Bleu Marine) s’inscrit dans la continuité de mes prises de position depuis deux ans : soutenant Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle, prônant le rassemblement à la tribune lors de la Convention identitaire de l’automne dernier, et participant à réorienter la stratégie du mouvement vers une optique de complémentarité et non de concurrence vis-à-vis du FN »  dit-il à l’époque [voir ici], annonçant également avoir quitté la direction du Bloc Identitaire. Manque de bol, dès la parution de ce communiqué, Gilbert Collard, secrétaire général du Rassemblement Bleu Marine, plaide l’erreur administrative et annonce l’annulation de l’adhésion. Le FN n’est pas encore prêt à assumer publiquement la présence d’identitaires parmi ses soutiens et Vardon est laissé seul, comme un enfant à qui on retire sa sucette… avant que Marine le Pen ne revienne discrètement sur la décision et l’accepte finalement au sein du rassemblement.

Deux ans plus tard, il fait son entrée au sein-même du Front National grâce à la très radicale Marion Maréchal Le Pen, attendant tout de même d’être élu conseiller régional sur la liste de cette dernière (en région PACA) pour adhérer au parti.

Vardon trinque-t-il avec Marion à la santé de son passé néo-nazi ?

En procès pour une rixe deux ans plus tôt, il est condamné en 2016 à six mois de prison ferme. Mais un costard cravate semble suffisant pour cacher un skinhead faf, et cette condamnation ne l’empêche pas de gravir les échelons du parti. Conseiller en communication de Nicolas Bay au parlement européen, il est finalement pris en sympathie par la direction du Front National et notamment Marine le Pen, qui l’intègre à son équipe de campagne (cellule « idées et image ») afin de préparer les élections présidentielles de 2017.

Vardon, rhabillé en notable politicien, pavane en compagnie de Marine Le Pen

Le dernier micro scandale portant Vardon à l’attention du public s’est déroulé en mars dernier, lorsque la chaîne de télévision C8 diffuse un reportage en caméra cachée au cœur du FN, et notamment à Nice. Vardon, ignorant la présence de la caméra, laisse parler le sanglier (identitaire) qui est en lui : « Ça va devenir inquiétant, tous les mecs qui me serrent la main, ils sont noirs. » [voir ici]

Racisme, violence, engagement passé à l’extrême droite radicale, repentance factice et spécialisation dans le travail de communication. Philippe Vardon est le rejeton caricatural du Front National, le symbole de la transformation médiatique de ce parti construit par les nostalgiques de l’Algérie française et parvenu aux portes de l’Elysée – de la dague des jeunesses hitlériennes de Jean-Marie le Pen à l’affirmation de sa fille selon laquelle les néo-nazi.e.s ne seraient pas les bienvenu.e.s au sein du FN. Il est également notable qu’aujourd’hui il ne semble utile à aucun média de préciser que Philippe Vardon a ce lourd passé, et que son adhésion tardive au Front National ne représente qu’une courte partie de sa carrière politique.

Edwige Diaz, elle, ne vivra pas une expérience inédite en partageant la tribune avec un skinhead fasciste (si tant est qu’il y ait partage, son nom n’étant même pas précisé sur l’affiche). Après avoir largement fréquenté les membres du bar néo-nazi le Menhir, animé par nombre de militant.e.s du FN, il semblerait qu’elle affirme la tradition locale de lier son parti à tous les crânes rasés qui gênent la progression de celui-ci, sans que personne ne s’en émeuve. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Le Pavé Brûlant

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