Quand les fascistes éternuent, la police leur mouche le nez – Retour sur le rassemblement bordelais de Riposte Laïque le 3 avril dernier.

Le mardi 3 avril 2018 se tenait un rassemblement (autorisé par la préfecture…) « contre la répression judiciaire » devant l’école de la magistrature de Bordeaux, à l’appel de Riposte Laïque et de Résistance Républicaine, groupuscules « laïcistes », en réalité obsédés par l’islam, qu’ils accusent de n’être « pas compatible avec les valeurs de la république », allant même jusqu’à se proclamer « islamophobes professionel-le-s « . La répression qu’ils.elles dénoncent, c’est celle que leurs complices, nationalistes, islamophobes et réactionnaires subiraient, se prétendant victimes d’une « justice complice de l’islamisme ».

Ce jour là, la répression était bien présente, mais pas à destination des différent-e-s intervenant-e-s défilant pour geindre au micro et déverser leur haine en plein centre ville de Bordeaux. Comme à son habitude lorsque l’extrême droite tente de s’exposer dans l’espace public, la police, brillant d’abord par son absence, est rapidement arrivée en nombre pour protéger les manifestant-e-s nationalistes et faire face au contre rassemblement antifasciste dés lors que celui-ci a pris forme.

Le service d’ordre des fascistes s’est alors lancé dans son activité favorite, à savoir regarder les contre manifestant-e-s de loin tout en restant bien caché derrière les uniformes bleus. C’était sans compter l’arrivée d’un groupe de jeunes passant par hasard sur la place, interpellé-e-s par la violence des discours retransmis par la sono des patriotes « victimes de censure » (« Les dégradations et tapages sont dus aux nouveaux arabes », « Les délinquants n’ont pas d’avenir »…). Le face à face ne tarde pas et la situation dépasse rapidement la police, incapable de contrôler les nervis qu’elle protège. La violence verbale est alors directement adressée au groupe de passants, qui se voit sommé de se « barrer » et de « retourner vendre [leur] shit ». Sans doute mécontent de voir sa CSG augmenter, un vieil homme passe le cap de la violence physique et assène un coup de canne à un des jeunes (que nous appellerons Felix). Le service d’ordre fait bloc et la police intervient… pour brutaliser d’autant plus ceux et celles qui cinq minutes plus tôt étaient encore de simple passants. Les insultes racistes fusent dernière la ligne de police: « Sale nègre », « Retourne dans ton pays »…

Sans sommation, la police charge le groupe de jeunes et les manifestant-e-s qui tentent de s’interposer. Felix tombe au sol et la police s’en donne à coeur joie : coups de poings, coups de matraque… Felix, qui est mineur, se relève le visage en sang, le nez brisé. La police le traine sur plusieurs mètres et le plaque contre la vitrine d’un restaurant. Lorsqu’il demande de l’aide aux personnes présentes à l’intérieur, un des policiers le gratifie d’un « ta gueule, mange ! ». S’en suit une garde à vue de 19 heures, durant laquelle, non contents de l’avoir passé à tabac lors de son interpellation, les policiers sur place lui imposent une pression constante. Ne lui indiquant pas si ils ont pu joindre ses parents, ils cherchent constamment son regard, frappent à coups de matraque la vitre de la cellule à chaque fois qu’il s’endort… Felix assistera également au tabassage d’un autre homme au sein du commissariat.

Poursuivi pour outrage, rébellion, désormais atteint d’insomnie… les conséquences sont lourdes pour avoir réagi à la présence de fascistes dans l’espace public. Bien sûr, si les nationalistes et réactionnaires de tout poil hurlent à la censure à chaque maigre condamnation dont ils.elles font l’objet, force est de constater que la réalité est bien différente.

L’extrême droite, si elle a toujours servi d’épouvantail au système, permettant à toutes les autres forces réactionnaires allant de la droite dure à la gauche molle et certaines franges de l’extrême gauche de se présenter comme un rempart au fascisme, bénéficie aujourd’hui de la totale perméabilité des discours de haine et de suspicion dans l’espace public, dans l’indifférence quasi générale. Comment être surpris-e-s qu’un tel rassemblement s’organise avec l’accord de la préfecture alors même que l’état français laisse des milliers de migrant-e-s mourir dans la méditerranée, que la répression policière et judiciaire des classes populaires et de toute contestation augmente drastiquement, qu’Alain Finkelkraut, Eric Zemmour et Michel Onfray sont les références de la télévision publique en terme de philosophie et que les reportages catastrophistes sur l’insécurité pullulent ?

Rien d’étonnant non plus quant à l’attitude de la police. Un corps de métier où les votes pour le Front National atteignent 60% ne risque pas de s’offusquer d’une petite sauterie nazie en centre ville. Comme à son habitude, la police nationale a servi de force auxiliaire aux nervis d’extrême droite, leur servant de rempart tout en faisant leurs basses besognes, montrant très clairement vers qui leurs armes étaient dirigées. Si la violence de la part de fascistes semblait le 03 avril inévitable, nous ne nous attendions pas à ce que les plus brutaux d’entre eux.elles soient en uniforme.

Quoi qu’il en soit le constat reste le même. Tandis que la peste brune pleurniche sur la prétendue censure d’état dont elle serait victime, face à la complicité d’un système réactionnaire et liberticide, notre réponse est claire. À leur solidarité de race, nous opposons une solidarité entre tous-tes les opprimé-e-s, dépourvue de frontières, qu’elles soient géographique, ethnique religieuse ou culturelle.

PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES. PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES !

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