« Courez, sales pédés » : quand la police envahit la faculté de Bordeaux victoire

“Courez, sales pédés”, voilà le cri de guerre de la police tandis qu’elle charge des étudiant.es mobilisé.es sur une action de blocage contre la sélection dans les universités, aux abords de la faculté de sociologie de Bordeaux, place de la victoire, le 6 mars au matin.

Flashballs braqués sur leurs dos, poursuivi.es par trois voitures de police, les étudiant.es se retranchent dans les rues adjacentes avant de réinvestir le parvis de la faculté une demie heure plus tard, toujours sous la menace des cagoules et des bombes lacrymogènes. Aux alentours de 8 heures, avant l’ouverture des locaux au public, la décision est prise d’abandonner le parvis de la faculté et de se concentrer sur l’occupation de l’amphithéâtre Elie Gintrac, au centre du campus. La police ne se gêne déjà pas pour faire intrusion dans l’université, un policier en civil étant présent dans le hall aux côtés de la sécurité.

Musique, café, banderoles et chants, l’occupation s’organise et une énergie communicative envahit les gradins de l’amphithéâtre vieux de 100 ans. Tractages, discussions avec d’autre étudiant.es, le début de la journée se passe sans heurt malgré l’arrivée du responsable de la sécurité les prévenant qu’une occupation nocturne ne sera pas tolérée et éludant la question d’une possible intervention policière. La violence démesurée de l’expulsion y répondra à sa place.

Aux alentours de 14h30, alors qu’une professeure assure un cours ouvert à tous.tes sur la sociologie des élites, la sécurité de la faculté profite que l’attention des occupant.es soit portée sur cette activité pour dégonder les portes menant à l’amphithéâtre, rompant toute possibilité de discussion et ne laissant plus de doute quant à une intervention imminente des forces de l’ordre. La réaction est immédiate et des barricades sont érigées aux quatre entrées du lieu. L’hypocrisie de la direction de l’université rend la suite des événements évidente: l’occupation nocturne est votée.

Une des portes de l’amphi, classée au patrimoine, est dégondée sur ordre de la présidence de l’Université – la même présidence qui accuse ensuite les étudiant.e.s de dégrader le mobilier de la fac.

Conscient.es de la répression qui les menace, les étudiant.es ne s’attendent pas à l’intensité de la brutalité qui va bientôt s’abattre sur eux.elles.

A 20h, l’information tombe : la compagnie d’intervention de la police nationale (CI) s’équipe sur le parvis. Matraques, casques, boucliers, la milice d’état s’apprête à pénétrer dans l’université. Les insultes commencent à fuser à l’encontre des occupant.es: “tantouzes”, “pédés”, “vous allez voir quand on va vous choper”… Les étudiant.es tentent de tenir les barricades mais l’acharnement de la police sur le mobilier de l’université classée patrimoine historique finit par en venir à bout.

Tandis que les dernières chaises bloquant les portes volent et que la police pénètre en masse dans l’amphithéâtre, les étudiant.es n’ont pas d’autre choix que de se regrouper en haut des marches, se tenant par les coudes, assumant collectivement la réponse que l’université et la police ont décidé d’imposer à leur mobilisation pacifique.

Consciente de sa supériorité matérielle, arrachant et brisant les téléphones de toute personne filmant la scène, la police fait pleuvoir les coups de matraque et de gants renforcés de tous côtés. Côtes, estomacs, visages, mains, rien n’est épargné. Les femmes sont saisies à la gorge, plaquées contre les murs, traînées par les cheveux. Gageons que la soif de domination masculine de la police nationale aura été étanchée ce soir-là. Pas de répit non plus dans le flot de fumier se déversant de leurs bouches: “sale bougnoule”, “sale singe”, “sale pute”, “cassez-vous les gouines”, “descend, pédé”. Les étudiant.es sont jeté.es les un.es après les autres dans les escaliers de l’amphithéâtre. Le parcours est agrémenté par la violence de la BAC, gratifiant chaque étudiant.e à leur portée de gifles, de coups de matraque téléscopique et de coups de pied.

Les occupant.es ne trouveront le répit qu’à la sortie de l’université, accueilli.es par une centaine de personnes venues affirmer leur solidarité avec ils.elles. Malheureusement, tout le monde ne connaît pas le même dénouement et un étudiant sera sorti menotté dans le dos, le visage en sang et traîné jusqu’au camion où il attendra d’être transféré au commissariat central pour y passer la nuit en garde en vue.

Plus de 15 jours d’Incapacité Totale de Travail cumulés parmi les occupant.es, des visages tuméfiés, une côte fêlée, des sous-vêtements arrachés, voilà le prix de la mobilisation pacifique contre un projet de loi liberticide.

Notons également que la répression n’est pas l’exclusivité de la police et que la direction de l’Université de Bordeaux (B1,B2,B4) s’en est rendue une nouvelle fois complice, l’intervention des forces de l’ordre n’étant possible qu’avec l’accord du préfet et du président de l’université, Manuel Tunon de Lara. Comme ultime provocation, la direction universitaire a également émis, sur dénonciation de la police, des arrêtés d’interdiction de fréquenter le campus à l’encontre d’étudiant.e.s hors de leur strict emploi du temps, suite à une action d’occupation lors du conseil d’administration du 1er mars dernier. »

Mais malgré ces constats, la détermination n’a ni disparu, ni faibli. Comme à chaque fois que la police et les institutions tentent de s’imposer par la violence, elles ne sont parvenues qu’à renforcer le mouvement, et aujourd’hui ce sont plus de 300 personnes qui se sont réunies devant la même faculté, avant de voter en assemblée générale le renouvellement immédiat du blocage de l’amphithéâtre Elie Gintrac.

Et si certain.es en doutaient encore, les événements du 6 mars nous ont rappelé qu’il ne devrait pas y avoir dans nos cortèges de réticence à le scander : tout le monde déteste la police.

This entry was posted in Analyses. Bookmark the permalink.